04
janvier
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Julien Pressoir, fraîchement diplômé en génie civil en 2020 de l’INSA Strasbourg et de la Technische Universität Dresden, revient sur son parcours franco-allemand.

J’ai intégré l’INSA Strasbourg en post-bac après l’obtention d’un bac général scientifique et d’un « Abitur » allemand (section Abibac). Ma volonté d’intégrer l’INSA Strasbourg était non seulement liée au fait que je voulais étudier le génie civil, mais également à la possibilité de poursuivre ma formation franco-allemande.

Filière DeutschINSA

J’ai eu le plaisir d’être accepté par l’INSA Strasbourg et de pouvoir y débuter mes études. J’ai intégré la filière DeutschINSA, parcours confirmé. J’ai donc suivi certains cours en allemand directement dans les locaux de l’INSA, d’autres à l’Euro-Institut de Kehl et même un TP (travaux pratiques) à la Hochschule Offenburg. Pour les cours à Kehl, nous nous rendions la plupart du temps en vélo en Allemagne, puisque la ville n’est vraiment pas loin. Depuis l’ouverture de la nouvelle ligne de tram, les trajets ont été même raccourcis aussi bien en tram qu’en vélo, puisqu’une piste cyclable a été aménagée le long des nouvelles voies.
Après la première année en tronc commun, appelée STH (Sciences, techniques et humanités), j’ai été accepté dans la spécialité génie civil. Le nombre de cours en allemand restait sensiblement le même qu’en première année, puisque de nombreux cours étaient communs à toutes les spécialités de deuxième année (mathématiques par exemple). Un an et demi après avoir rejoint l’INSA, les cours spécifiques à la filière DeutschINSA niveau confirmé étaient terminés, car il était trop compliqué de réussir à faire concorder les emplois du temps de toutes les spécialités par la suite.

L’immersion par des stages

Bien entendu, les cours d’allemands continuent et il reste les stages obligatoires à réaliser chaque été. L’INSA demande à tous ses étudiants la validation d’une mobilité d’au moins 3 mois à l’étranger, et la validation du parcours DeutschINSA se fait grâce à un stage d’au moins un mois dans un pays germanophone. J’ai donc dès la première année réalisé un stage en Allemagne. J’ai renouvelé l’expérience en deuxième année avec un stage en Autriche. Mes stages de 3ème et 4ème année ont quant à eux été faits en France. La réalisation de ces stages à l’étranger est un atout majeur et est extrêmement enrichissant. Chaque pays travaille de façon différente et conserve des spécificités dans la manière de construire et développer un projet. Ces stages m’ont appris à penser différemment, me mettre à la place de mes collègues et ainsi comprendre plus rapidement où ces derniers veulent en venir. Dans un monde toujours plus multiculturel, c’est un atout indéniable sur le marché du travail.

Double diplôme avec la TU Dresden

 J’ai ensuite continué mon cursus en génie civil puis demandé à réaliser un double diplôme avec la Technische Universität Dresden. Nous sommes 3 étudiants de l’INSA à avoir été acceptés et sommes partis après le premier semestre de la 4ème année.
De nombreuses bourses sont accessibles pour tous les étudiants en double diplôme. Tout d’abord, le double diplôme entre l’INSA Strasbourg et la TU Dresden étant reconnu et soutenu par l’UFA (Université franco-allemande), celle-ci verse une bourse mensuelle aux étudiants. Outre cette bourse de l’UFA, d’autres bourses sont également accessibles, comme par exemple la bourse Erasmus+, la bourse de la ville de Strasbourg dans le cadre du jumelage entre Strasbourg et Dresde ou encore l’aide de la région Grand Est.
Le double diplôme devait durer 2 ans et rallonger notre période d’études de 6 mois (5 ans et demi au lieu de 5 ans). Mais nous nous sommes rapidement aperçus qu’il était possible de compacter notre emploi du temps pour valider le double diplôme en un an et demi et ne pas rallonger notre période d’étude. Ceci est possible grâce au système allemand, très différent de celui auquel nous sommes habitués. C’est un système universitaire dans lequel des matières sont à valider, en laissant l’étudiant libre de l’organisation de son emploi du temps et du choix d’une certaine quantité de cours. Le système demande un certain temps d’adaptation, problème éventuel de langue mis de côté. Pour notre part, ce n’est pas tellement la compréhension qui pouvait nous déranger, mais plutôt l’expression orale ou encore écrite. Le temps de se mettre dans le bain et tout fonctionnait. En réalité nous avons eu plus de difficultés à comprendre l’organisation de certains aspects du système que les cours eux-mêmes.

Julien Pressoir

Le centre-ville de Dresde

Dresde : ville où il fait bon vivre

 La vie à Dresde n’est pas très différente de celle à Strasbourg, la ville est simplement bien plus étalée et ce sont deux villes très agréables à vivre. Bien qu’il s’agisse d’une ville de l’Allemagne de l’est, le centre-ville de Dresde a été reconstruit il y a peu, dans l’esprit du centre-ville historique, détruit en février 1945, ce qui confère une certaine atmosphère. Dresde est marquée par son histoire : sa grandeur avant la seconde guerre mondiale, ses ruines et sa reconstruction par la suite, son emprise soviétique et la séparation Est/Ouest et enfin la réconciliation récente avec comme emblème la reconstruction de sa basilique, à l’identique de l’ancienne. C’est une ville très intéressante à découvrir et agréable, car 60% de sa surface est recouverte d’espaces verts, et elle est proche de la suisse saxonne, berceau du romantisme allemand et parfaite pour les randonnées. La ville est aussi à proximité de Prague, Berlin ou Leipzig, villes dans lesquelles on peut se rendre pour une visite d’une journée. Les déplacements se font très bien à vélo, malgré l’étalement de la ville. Les transports sont gratuits pour les étudiants de la Saxe (et donc aussi pour nous) dans toute la région (bus, tram, train).
Le campus est lui aussi très étalé (sur 2km environ), il y a toujours 20 minutes de pause entre 2 cours de 1h30. Les cours peuvent commencer assez tôt (7h30) mais finissent rarement tard (bref tout l’inverse du système français).

Julien Pressoir

La suisse saxonne non loin de Dresde

Julien Pressoir

Deux étudiants de l’INSA en double diplôme et un étudiant de Dresde qui a étudié à l’INSA, en randonnée dans la suisse saxonne

Une expérience plus formatrice qu’un échange

Contrairement à un échange Erasmus où nous aurions été considérés comme des « Erasmus », nous avons été considérés comme des étudiants allemands, tant à la notation qu’au quotidien. Il devient certes plus compliqué d’obtenir de très bonnes notes, mais la validation des matières en devient tellement plus valorisante !
La réalisation de projets de groupes s’est toujours très bien déroulée et le fait d’avoir une approche française, par conséquent différente des autres étudiants, est un réel atout. Les professeurs sont la plupart du temps agréablement surpris des propositions apportées, moins formelles que celles des étudiants allemands. Les connaissances acquises au cours de nos stages nous ont également beaucoup aidé dans ces divers projets.

Julien Pressoir

Exemple de projet de groupe, visualisation 3D réalisée grâce à mon stage en Autriche

« Mon double-diplôme est validé ! »

La dernière étape pour valider notre diplôme d’ingénieur allemand était la réalisation d’une « Diplomarbeit » (DA), c’est à dire un projet de fin d’études. J’aurais pu réaliser celui-ci en France, mais le rapport aurait dû être tout de même en allemand (ou éventuellement en anglais) et la soutenance en allemand (ou éventuellement en anglais). J’ai donc choisi de le réaliser en Allemagne. Les étudiants allemands préfèrent en général travailler leur DA à l’université, car plus proche de ce à quoi ils sont habitués. La majorité des étudiants français décide de faire leur DA dans une entreprise, c’est à dire un milieu non-académique, car cela reste plus valorisable et reconnu en France par la suite. J’ai postulé à un bureau d’études ferroviaires de Dresde (filiale de la Deutsche Bahn) qui m’a tout de suite accepté et intégré dans ses équipes. En raison de la crise sanitaire, j’ai réalisé une partie de mon travail en télétravail, ce qui m’a permis d’avancer beaucoup plus rapidement que prévu et de finir mon DA avec de l’avance. J’ai pu ainsi travailler sur d’autres projets du bureau d’études.

Julien Pressoir

Diplomarbeit (Projet de fin d’études) réalisé à l’aide de toutes les connaissances acquises au cours de mon cursus

Après une soutenance d’une heure (20 minutes de présentation orale puis 40 minutes de questions), la sentence est tombée : mon diplôme est validé !
Grâce aux accords de partenariat et la reconnaissance mutuelle des acquis entre l’INSA Strasbourg et la TU Dresden, la validation du diplôme allemand (TU Dresden) engendre la validation du diplôme français (INSA Strasbourg).

Les avantages du double diplôme

 L’obtention de ce double diplôme m’ouvre les portes à plus de postes et de possibilités. Bien entendu, le diplôme de l’INSA est reconnu au niveau européen, mais un diplôme allemand est privilégié à l’embauche pour des pays germanophones. Il me permet de justifier d’un niveau de langue technique me rendant apte au travail dans ces pays. En France, ce double diplôme montre à de potentiels recruteurs que vous êtes en capacité de vous adapter à de nouvelles situations, que vous êtes quelqu’un de travailleur et ambitieux, que vous pouvez travailler dans des équipes multiculturelles, mais également que vous pouvez travailler sur des projets franco-allemands ou des projets de l’entreprise française en Allemagne. Ce double diplôme permet aussi de montrer aux recruteurs que vous acceptez la mobilité internationale qui permet d’accéder à des postes plus importants et intéressants.

Conclusion

Après ces 5 années d’études passées en France et en Allemagne, je peux absolument vous recommander cette expérience. La filière DeutschINSA prépare très bien à un séjour professionnel et académique en Allemagne et le double diplôme permet d’approfondir ses connaissances et compétences. Le double diplôme permet de vous différencier face à d’autres étudiants.

Et maintenant ?

Je souhaitais initialement réaliser un VIE (Volontariat à l’International en Entreprise) en pays anglophone à la suite de mon double diplôme. Le VIE permet de réaliser une mission professionnelle de 6 à 24 mois à l’étranger et les conditions sont relativement avantageuses pour l’ingénieur et l’entreprise. Mon ambition à terme étant de travailler pour des entreprises réalisant des projets internationaux et pas uniquement franco-allemands, mon objectif est de pouvoir justifier d’un niveau de langue équivalent en anglais et en allemand.
Compte tenu de la crise sanitaire actuelle, j’ai décidé de reporter ce projet jusqu’à ce que la situation se stabilise et de trouver d’abord un poste en région parisienne dans une entreprise me permettant éventuellement de réaliser ce projet par la suite.

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